Ensemble contre la hausse des absences pour raisons psychiques
Sarah Bünter
En Suisse, le Job Stress Index («indice de stress au travail») montre que les personnes actives se sentent de plus en plus stressées. Si le problème n’est pas traité à temps, le stress au travail peut entraîner des burn-outs. En 2019, selon une étude de WorkMed publiée en 2022, les incapacités de travail pour raisons psychiques duraient 218 jours en moyenne, et il s’agissait dans 95 % des cas d’arrêts à temps plein. Par ailleurs, 57 % des incapacités de travail d’origine psychique étaient déclenchées par des conflits sur le lieu de travail.
Depuis la publication de cette étude, les absences pour raisons psychiques enregistrées par l’assurance indemnités journalières maladie ont continué d’augmenter – une évolution préoccupante pour l’ensemble du secteur, qui a décidé de lancer des initiatives d’envergure. Lors de la conférence de presse annuelle de l’Association Suisse d’Assurances (ASA), Reto Dahinden, CEO de SWICA, a présenté ces mesures en détail.
«Nous avons tout intérêt à explorer les causes profondes de cette progression. La tendance s’étant encore accentuée ces dernières années, nous saluons les mesures coordonnées prises avec l’ensemble des actrices et acteurs concernés.» Reto Dahinden, CEO de SWICA
Une initiative commune pour des mesures préventives coordonnées
En collaboration avec le réseau Compasso, engagé pour le maintien de l’emploi et l’insertion professionnelle, ainsi qu’avec l’Union suisse des arts et métiers et l’Union patronale suisse, les assureurs ont décidé de réaliser une étude pour mieux comprendre les causes de ce phénomène. «Car s’attaquer aux causes profondes est le meilleur moyen d’éviter des congés maladie de longue durée et les situations de souffrance qu’ils impliquent», explique Reto Dahinden.
L’étude vise à fournir aux assureurs une base de données nuancée pour améliorer de manière ciblée leur offre de soutien à la gestion de la santé en entreprise. Dans le même temps, la collaboration avec l’Union suisse des arts et métiers et l’Union patronale leur permet de développer des projets communs pour inciter les entreprises à prendre des mesures préventives. «Nous sommes convaincus que la manière la plus efficace de contrer la hausse des primes consiste à réduire les absences pour cause de maladie», affirme le CEO de SWICA.
Le partenariat, pilier central de l’assurance indemnités journalières maladie
L’initiative illustre de manière exemplaire les mécanismes fondamentaux d’un système d’assurance moderne, reposant sur un esprit de partenariat. Cette coopération permet de trouver des réponses rapides et flexibles aux défis actuels dans le domaine de l’assurance indemnités journalières maladie. SWICA et les autres assureurs obtiennent ainsi des résultats plus rapidement qu’avec une réforme politique de longue haleine.
Une convention de libre passage au lieu d’un régime obligatoire
L’un de ces projets de réforme politique vise l’introduction d’un régime obligatoire en matière d’indemnités journalières de maladie. Il est motivé par un constat: actuellement, pour diverses raisons, certaines entreprises ne peuvent pas conclure d’assurance d’indemnités journalières maladie. Les entreprises du secteur se sont penchées sur ce problème et ont révisé en conséquence la convention de libre passage, qui régit le passage de personnes assurées individuelles ou le transfert d’effectifs assurés entre les assureurs adhérents. L’objectif est d’éviter des désavantages, liés notamment à la sélection des risques, pour les personnes assurées et les preneuses et preneurs d’assurance.
Désormais, l’assurance actuelle est tenue d’avancer les prestations dans les situations de changement d’assureur où l’assureur repreneur n’a pas encore été définitivement désigné. En outre, une procédure d’attribution est mise en place pour les situations où un employeur n’est pas en mesure de conclure un contrat d’assurance pour des raisons qui ne lui sont pas imputables: un assureur indemnités journalières maladie est alors désigné parmi ceux ayant adhéré à la convention de libre passage.
Pour Reto Dahinden, c’est la voie à suivre: «La révision de la convention de libre passage permet à notre secteur d’apporter une réponse ciblée aux quelques lacunes susceptibles de générer des incertitudes ou des interruptions de couverture.»
«Grâce à une collaboration partenariale, nous réagissons de manière rapide, flexible et ciblée aux évolutions très rapides de notre époque.» Reto Dahinden, CEO de SWICA
Le partage du risque entraîne une dilution des responsabilités
Dans le secteur des assurances, la notion de responsabilité joue un rôle clé. L’objectif premier d’une assurance a toujours été d’amortir collectivement les risques existentiels. Pour qu’un système d’assurance demeure stable à long terme et puisse être financé collectivement, la responsabilité individuelle de l’ensemble des actrices et acteurs du système est primordiale.
Or, selon Reto Dahinden, le sens des responsabilités des différents acteurs et actrices tend à se dégrader à mesure que le collectif assuré s’agrandit et que le risque est plus largement réparti. Et cela conduit à une hausse des primes d’assurance. «Quand on transfère le risque à un collectif, le sens des responsabilités diminue», explique-t-il.
De nombreuses mesures et initiatives ont montré la viabilité du système actuel et de son approche basée sur le partenariat, à même de répondre de manière flexible et efficace aux évolutions. SWICA considère qu’il serait contre-productif de remettre intégralement en cause un système qui joue bien son rôle, «car dans la grande majorité des cas, il fonctionne parfaitement», souligne Reto Dahinden.