«Le plus important est de réagir»
Bianca Indino, comment des crises psychiques surviennent-elles chez les jeunes?
Les déclencheurs sont multiples. Durant notre jeunesse, on est très vulnérable sur bien des plans. Ces années sont marquées par de nombreuses transitions, lesquelles doivent être assimilées. On entend souvent dire que les médias numériques sont un déclencheur. Ils peuvent effectivement jouer un rôle, mais ne sont pas les seuls responsables: depuis toujours, la jeunesse est une période d’instabilité pour beaucoup.
Où se situe la limite entre des difficultés propres à l’âge et une véritable crise qui nécessite des mesures?
Cette distinction est un grand défi pour les parents comme pour les spécialistes. Lorsque notre psychisme – c’est-à-dire nos pensées et nos sentiments – prend une mauvaise direction, cela se ressent dans notre comportement. Il y a quelques critères qui permettent de s’en rendre compte assez rapidement. Les relations sont généralement perturbées: avec les parents, mais aussi avec les pairs et les amis. La capacité à faire face au quotidien disparaît. La personne cesse d’aller au sport et néglige son instrument de musique. Ou ses notes dégringolent. Ce qui importe toutefois, c’est durant combien de temps elle est dans cet état. Car le chagrin d’amour plonge dans un état similaire. Mais il dure en moyenne trois semaines environ, après quoi les choses s’améliorent. Avec une maladie psychique, en général, ça empire.
Observe‑t‑on des différences dans ces signaux, par exemple entre les personnes introverties et extraverties?
Même chez les personnes qui montrent peu leurs émotions, il existe des moyens de détecter des changements: si une personne dort moins bien, mange différemment ou a soudainement des maux de ventre ou de tête fréquents et que l’on ne trouve pas d’explication médicale, les causes psychiques doivent être envisagées.
Comment s’adresser à la personne concernée sans que cela soit perçu comme intrusif?
Le plus important, c’est de réagir. Le plus tôt possible. Les observations doivent d’abord être analysées par des spécialistes, afin de ne pas agir uniquement d’un point de vue subjectif. Ensuite, j’utilise des formulations en «je». Je dis qu’elle ou il est une personne importante à mes yeux et que j’ai remarqué que quelque chose a changé récemment. Quand je communique ma perception de cette façon, je n’ai pas à me justifier. Après, je peux donner à mon interlocutrice ou mon interlocuteur
l’occasion de me dire comment elle ou il se sent en posant des questions ouvertes.
Cela suppose cependant que la personne concernée comprenne dans une certaine mesure qu’elle a besoin d’aide.
Il n’est pas nécessaire de réussir à le lui faire comprendre tout de suite. Si la personne concernée adopte une attitude défensive, il faut l’accepter. Je peux alors lui dire qu’il était important pour moi de partager mes observations et que je serai heureuse de revenir vers elle la semaine prochaine. Il est important de lui montrer qu’on l’estime et de se donner du temps, mais aussi de créer une forme d’engagement. Dans de telles situations, les personnes n’ont souvent pas la force d’aller vers autrui.
Et quand on n’avance pas parce que la personne ne veut pas montrer de faiblesse et se renferme sur elle-même?
Il est primordial d’informer la personne concernée qu’une aide existe et de lui explique où la trouver, sans exercer de pression pour qu’elle y ait recours immédiatement. Si, même après deux ou trois discussions, une personne mineure demeure renfermée, il arrive un moment où, en tant que membre du corps enseignant par exemple, on doit impliquer les parents. L’expérience montre que c’est également important quand les parents sont en partie responsables de la crise.